Revue de presse
Tout le thème du livre est là, dans cette obscure transmutation, que n’impose aucune nécessité et qui toujours est pathétique, de la nuit lumineuse qui ouvre au don réciproque de soi, où « chacun s’adresse à l’autre de l’intérieur du Nous », à la lumière nocturne dans laquelle les moi, en sens inverse, affirment leur territoire respectif, la prise de distance, le détachement.
Sur un thème aussi délicat que celui-ci, aussi universel et qui altère depuis toujours d’innombrables couples promis au bonheur, nous ne connaissons pas de pages aussi intenses que celles que nous propose aujourd’hui François Solesmes, aussi éloignées qu’il est possible de l’être du regard du moraliste comme de celui du psychologue, dans lesquelles, tout au contraire, vibre une empathie et une sincérité si extrême qu’elles en fendent, dans leur exercice, la pierre et le métal.
Sous la forme de réflexions libres ou de lettres fictives, transposées et recomposées à partir d’histoires réelles, que s’adressent des couples en souffrance d’adultère ou de rivalité, de perte de vitesse ou de frustrations, de disgrâces ou de manque d’attention, c’est toujours le mot et l’expression juste qui viennent sous la plume de l’Auteur, la noblesse des sentiments jusque dans la plue crue lucidité d’un désamour en cours.
Un mot d’Ibn Arabî n’a cessé de remonter à l’esprit au fil de ces douleurs, dont la teneur est sublime :
Quand pour l’adieu
Nous nous sommes rencontrés
Tu aurais pensé que nous étions
Comme une lettre redoublée,
Au moment de l’union et de l’étreinte.
Même si nous sommes constitués
D’une double nature,
Les regards ne voient
Qu’un être unifié.
A quel moment et comment devient-il possible que, petit à petit ou brusquement, les regards, non seulement ne se rencontrent plus dans la « cueillette des roses », comme dit le même mystique, mais qu’ils séparent à nouveau ce qu’ils avaient unifié dans l’extase ?
Il est impossible de répondre, car il s’agit là d’une expérience si inattendue et si terrible que, parce l’objectivité et la subjectivité s’y entremêlent, personne n’a plus raison ni tort.
Il n’en demeure pas moins, si l’on devait une conclusion provisoire à cette présentation d’un aussi beau livre que « mieux vaut souffrir d’avoir aimé que souffrir de ne pas avoir aimé ». (Jean Borel 2007-07-09)