Marrakech est devenue une destination de choix pour les voyageurs en quête d'aventure et d'exotisme, avec une pointe de sophistication et de luxe. La ville a tout pour éblouir: un cadre paradisiaque avec la chaîne montagneuse du Haut Atlas en toile de fond, un climat et une gastronomie fabuleux, des panoramas, des sonorités et des senteurs exotiques, des commerces pittoresques, une population chaleureuse et amicale et près d'un millénaire d'histoire. Surnommée «la Ville rouge», Marrakech se caractérise par son architecture en pisé aux tons roses et ses jardins et espaces verts, qui font partie d'une tradition profondément ancrée. Dès sa fondation, elle a été conçue comme une cité-jardin. Vergers, jardins maraîchers et jardins d'agrément composent son modèle urbain. Aujourd'hui, ce modèle est menacé par l'étalement urbain, mais l'on assiste à une prise de conscience de plus en plus nette de la nécessité de protéger et d'exploiter cet héritage si précieux. Le roi actuel, Mohammed VI, s'est efforcé d'accroître les attentes dans ce domaine et a élaboré des directives visant à protéger l'environnement et à encourager les initiatives en matière de conception de jardins. Avec les nouveaux projets, tant publics que privés, qui fleurissent un peu partout, la ville vit une sorte de renouveau en matière de jardins. Marrakech est célèbre pour ses fabuleux souks où le commerce est érigé en art, mais il s'agit surtout d'une destination culturelle, la plupart des visiteurs venant découvrir la vie et l'histoire de la ville. La majorité des sites historiques sont indissociables de leurs jardins, ou sont eux-mêmes des espaces verts: les immenses vergers royaux d'agrément de l'Agdal et de la Ménara, créés au XIIe siècle, les grandes ruines du palais El Badi, du xvie siècle, les riads du palais de la Bahia, de la fin du XIXe siècle, et le Dar Si Saïd. On pardonnera aux nouveaux arrivants d'imaginer que le cyber parc Arsat Moulay Abdeslam est un centre d'affaires du secteur des technologies de l'information: il s'agit en réalité d'une juxtaposition de deux jardins historiques qui ont fait l'objet de fouilles très poussées mettant en oeuvre les dernières techniques archéologiques, et ont été magnifiquement restaurés. Les hôtels aux jardins splendides sont très prisés des touristes. Le plus célèbre est sans aucun doute l'hôtel Mamounia, fondé par les Français en 1923 sur le site d'un palais royal du XIXe siècle, et agrémenté d'un verger historique de près de huit hectares. Aujourd'hui, les hôtels et le secteur du tourisme sont l'un des moteurs de la conception de jardins. Les paysagistes mènent un débat de plus en plus virulent sur la question de savoir s'il est préférable de miser sur un style authentique ancré dans les traditions locales ou d'adopter des normes culturelles reflétant la mondialisation rampante. Les gazons et les massifs de plantes vivaces européens ont-ils vraiment leur place dans la Marrakech d'aujourd'hui? Voilà une question simple, mais qui acquiert plusieurs niveaux de sens dans le contexte historique et écologique de la ville. Il convient peut-être de traiter différemment les problématiques de tradition ou de modernité, de spirituel ou de temporel, de local ou d'international dans chacun des trois districts qui composent la ville: la médina, la ville nouvelle et la Palmeraie. La médina correspond au centre historique. Elle est cernée d'une enceinte érigée en 1126-1127 par le sultan almoravide Ali ben Youssef, et comporte deux centres névralgiques, l'un spirituel, et l'autre plus proche des plaisirs terrestres: le superbe minaret carré de la mosquée Koutoubia, construite au XIIe siècle, domine la cité et est entouré de jardins dans lesquels la foule se presse après la prière du vendredi. À quelques pas de là, la place historique Jemaa el-Fna, proclamée «chef-d'oeuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité» par l'UNESCO en 2001. Le spectacle y est permanent, entre les étals de nourriture, les femmes proposant des tatouages au henné, les dresseurs de singes, les vendeurs d'eau dont les chapeaux colorés ressemblent à des abat-jour, les conteurs, magiciens, jongleurs, charmeurs de serpent, musiciens, chanteurs et camelots vendant des remèdes traditionnels à l'aspect étrange. La dichotomie entre la vie privée, spirituelle et le tumulte de la vie publique est un aspect important de la compréhension de Marrakech, et de l'une de ses particularités les plus fameuses, le riad. Le terme riad désigne un jardin urbain relativement vaste, planté et entièrement ceint de bâtiments privés et des murs. Ces jardins sont l'expression d'un mode de vie à part entière et sont riches d'une longue identité culturelle associée à la réflexion islamique sur la nature du paradis et l'intimité de la famille. Ils sont conçus comme un havre de paix intime où la nature apaise l'âme préoccupée par les responsabilités qu'elle doit assumer à l'extérieur du sanctuaire de la maison. De nombreux habitants des grandes villes occidentales se montrent de plus en plus intéressés par les vertus régénératrices de la nature, et de ce point de vue le riad a beaucoup à offrir. Toutefois, le terme riad a été galvaudé. On lui a attribué un sens plus large que le sens originel, qu'il convient aujourd'hui de restaurer. Au début des années 1970, les Européens ont commencé à acheter des maisons dans la médina, et à les transformer en maisons d'hôtes. Certaines étaient dotées d'authentiques riads, mais d'autres étaient de simples dars, c'est-à-dire des maisons dotées d'un patio pavé. On a fini par ne plus distinguer les deux, et le riad a bientôt été perçu comme un phénomène architectural exotique, romantique, glamour et luxueux, où les hôtes passent un séjour digne des Mille et une nuits. Il est temps pour les riads historiques de redevenir des espaces à l'architecture complexe, empreints d'intellectualité et de spiritualité.