La spiritualité française du XVIIe siècle voit apparaître et proliférer des modèles étranges et compliqués qui avaient pour but d'isoler et de décrire les différentes régions, les multiples lieux qui composaient l'âme humaine. Ces anatomies de l'âme - pour reprendre une belle métaphore d'usage au XVIIe siècle - constituaient des grilles d'interprétation de toute une planète, de tout un continent - l'espace intérieur. L'opposition entre l'intérieur et l'extérieur, la délimitation d'un monde intérieur, l'observation et l'interprétation de ce monde, n'ont rien de naturel. Il n'y a rien de naturel dans la relation que l'homme établit avec la sphère de sa propre intériorité ; cette relation est en effet réglée, et comme gouvernée, par une série de dispositifs, et c'est l'histoire de leur apparition et de leur disparition que l'ouvrage de Mino Bergamo se propose de retracer ici. Une des lignes de force de la culture européenne coïncide probablement avec l'histoire des modèles qui ont déterminé, pour chaque époque, notre rapport au monde intérieur. Dans cette très longue histoire, les anatomies de l'âme, élaborées par les spirituels du XVIIe siècle, fournissent, sinon leur premier chapitre, du moins l'un des plus beaux.