Bertrand Lavier - L'art est un lieu totalement paradoxal!
L'entretien a eu lieu à Dijon en août 2004, deux ans après la grande rétrospective consacrée à l'oeuvre de Bertrand Lavier au musée d'Art moderne de la ville de Paris.
Nous sommes ici rue Buffon. Buffon était un des grands esprits systématiques de la biologie. Est-il possible de développer une systématique des oeuvres d'art comme Buffon l'a fait pour les animaux?
Vous savez, Lévi-Strauss disait: «On classe comme on peut, mais on classe.» Et je pense effectivement que l'on peut tout classer. Il y a bien sûr de grandes catégories comme la peinture, le dessin, l'aquarelle, la sculpture ou l'installation. Cette dernière est une catégorie qui rentre souvent dans la sculpture. Les avancées que peuvent faire les artistes sont toujours mises dans des grands tiroirs. Cela n'implique pas forcément qu'il y ait une évolution, même si je pense qu'il y a quand même eu une évolution. «Systématique» est un terme beaucoup plus scientifique que «classification». J'ai fait de l'horticulture, et il existe une discipline qui s'appelle la systématique. C'est une discipline qui sert à reconnaître ce que l'on est en train de regarder. Or, l'art, c'est plutôt l'inverse. Ça vous aide à vous ouvrir à des choses que vous ne connaissiez pas.
Et comment se passe l'évolution à laquelle vous croyez?
L'art est un lieu totalement paradoxal. Il y a toujours une avancée et son contraire. C'est paradoxal, il y a une évolution, mais elle ne progresse pas. En technologie, on peut parler de progrès; entre un poste de télévision des années cinquante et un poste d'aujourd'hui, il y a une progression. Alors qu'en art, on ne peut pas dire qu'un tableau de Frank Stella ait progressé par rapport à un tableau de Malevitch. Par contre, il y a une évolution qui tient compte de ce qui s'est passé avant.