Dans la confusion (encore actuelle) autour de Dada et de ses avatars, il était nécessaire de redonner la parole à Hugo Ball (le découvreur du mot dada), qui, dès le commencement des événements dada, s'était méfié de ses débordements tapageurs: ce que son Premier manifeste dada du 14 juillet 1916 annonce. Lors du lancement de Dada (le jour même), il critique ses dérives. Dada n'est pas seulement une protestation, encore moins une illusion révolutionnaire, ni une destruction de la culture ou un quelconque nihilisme. Dada n'est pas non plus un mouvement d'avant-garde avec son cortège de prétentions: c'est une mise en garde, un avertissement, une critique de tous les ismes et le symptôme d'une refondation. Approfondissement et distanciation. Le mot, l'image, la sonorité, le geste, le théâtre des masques, tout doit être sans cesse renouvelé. Hugo Ball questionne les fondations de l'esprit européen, il interroge la société de son époque: l'histoire, le langage, l'art, la philosophie, la religion, l'esprit allemand (le protestantisme et l'État prussien), le romantisme allemand. Il cherche à savoir s'il reste encore la possibilité de retrouver un fondement quelque part hors des illusions formalistes, scientistes ou historiques. Dada est un état d'esprit, une attitude, aux multiples manifestations surprenantes. Une lame de fond qui repose sur le socle d'une tradition innovatrice sans cesse occultée.