Extrait
Le XXIe siècle s'apprêtait, péniblement, à basculer dans sa seconde moitié, à Genève comme ailleurs.
La planète tournait, triplement : autour du Soleil, sur elle-même et à la recherche perpétuelle et pathétique d'un impossible équilibre entre ses habitants-locataires. Guerres, terrorisme, conflits dits régionaux, guérillas économiques, pandémies, pollutions diverses continuaient d'entacher l'existence de milliards d'êtres. «Nihil nove sub Sole...» La méchanceté, gratuite ou calculée, l'hystérie collective, l'égoïsme d'une poignée, les tendances suicidaires de quelques-uns, balafraient encore et toujours des millions de destins. Plaies de fer et de sang, des corps, des esprits, stigmates mortifères et rougeoyantes s'exhibant impudiquement comme autant d'insultes infamantes à la fraternité et à la sagesse, idoles cadenassées dans des songes.
L'humanité continuait, malgré tout, d'avancer, claudiquant, trébuchant, chutant, se relevant. Cette époque n'était ni pire, ni meilleure que bien d'autres - où trouver, d'ailleurs, le paramètre de référence - quelque part sur la frise chronologique entre un âge d'or passé, magnifié, idéalisé, fantasmé et un devenir messianique, supposément éclairé ou tragiquement sombre selon la lecture des uns et des autres.
En quelques décennies, le monde avait énormément changé, les mutations de toutes natures s'accéléraient, pour le meilleur et pour le pire, maelström de transformations, tourbillonnant, balayant tous les fixismes, bousculant tous les zélotes du gel et les intégristes consternés du statu quo, les frilosités navrées.