Ces dix-sept récits affirment d'emblée leur indépendance. L'autonomie de chacun d'eux est attestée, entre autres, par l'épigraphe toujours nouvelle à l'horizon duquel l'histoire courte se déploie. Mais un autre parcours de lecture peut également être entrepris. Cet itinéraire tend alors à considérer chaque unité de ce recueil comme appartenant à un tout qui les engloberait. Les indices de cette lecture globale abondent : même principe dialogique avec le premier opus de l'immense poème prophétique de Dante, même appartenance des personnages à une communauté d'êtres à la fois inclus et exclus, vaincus et vainqueurs, loquaces et taiseux, tous portant une empreinte sicilienne qui les condamne à vivre comme en sursis... Chaque " traverse " constitue une sorte de traversée. Traversée du désert, toujours sûr. Traversée du désir, sans cesse repoussé. Traversée des apparences, à reconsidérer inlassablement. Si l'écriture de ces histoires s'inscrit dans un classicisme conscient et assumé, c'est pour mieux épouser les mouvements d'un destin capricieux, qui fait et redéfait, tricote et détricote, et dont les contours, assurément, sont bel et bien baroques.