Il faut que le père soit vieux, mais d'une beauté et d'une élégance bouleversantes.
Il faut qu'Alexandrine parle fort, mais avec un détachement mélancolique et sans regarder ses parents - le moment venu, elle regardera le garçon.
La mère peut être n'importe qui.
*
Chanté avec une férocité croissante:
Marie trempe ton pain, Marie trempe ton pain, Marie trempe ton pain dans la soupe! Marie trempe ton pain, Marie trempe ton pain, Marie trempe ton pain dans le vin! Nous irons dimanche à la maison blanche, Marie trempe ton pain, Marie trempe ton pain, Marie trempe ton pain dans le vin!
LA MÈRE A la Maison-Blanche, ils ont lobotomisé la leur. Qu'allons-nous faire de la nôtre?
LE PÈRE Ça existe encore, la lobotomie?
LA MÈRE Je te parle d'avant, du temps des Kennedy.
LE PÈRE Ça existe encore, les Kennedy?
LA MÈRE Non, justement, ils sont tous morts. Chacun sa façon.
LE PÈRE Comme tout le monde, non?
LA MÈRE C'est ce qui te trompe. Les Kennedy, c'est beaucoup plus intéressant que tout le monde. Les Kennedy, dès qu'on s'y penche un peu, c'est passionnant: JFK, Bobby, Dallas, Marilyn, Jackie, Onassis, Skorpios, John-John, happy birthday Mister Président, boum, la cervelle qui gicle sur le bibi rose de Jackie, reboum, Bobby qui est bien puni d'avoir convoité la femme de son frère. Sans compter qu'il avait tringle Marilyn avant. Tu te rends compte, cette rage d'aller mettre son sexe partout où son frère l'avait mis, de le suivre comme ça, partout, à la trace, comme une limace, dans le même sillage argenté?
LE PÈRE Tu es fille unique: tu ne peux pas comprendre. Et je serais curieux de savoir comment nous en sommes arrivés à parler des Kennedy.
LA MÈRE C'est la maison blanche: ça m'y a fait penser - la maison blanche de la chanson. Tu l'as entendue, la chanson?
LE PÈRE Tu serais étonnée du nombre de chansons que j'entends.