Pourquoi aimons-nous tant croire aux complots? A l'âge proclamé de l'hyperinformation, d'internet et de la sur- exposition, de la transparence et de l'urgence médiatique, on aurait pu penser que la théorie du complot, qui n'aime par essence que l'obscurité, le temps et le secret, était voué à s'exténuer et disparaître. Or c'est l'exact contraire; plus on proclame la transparence, plus le soupçon se diffuse: on nous cacherait quelque chose! Plus on a d'informations, plus le sentiment se développe que tout est planifié dans l'ombre par des puissances occultes. Tout concourt à cette idée que nous serions manipulés, que derrière l'apparence d'une société de l'information ouverte et moderne, des desseins cachés sont à l'oeuvre: 11 septembre, affaire DSK, Ovni, révolutions arabes, la vérité serait ailleurs. Forcément ailleurs. Jusqu'où ira notre parano? Y aurait-il donc un ressort plus profond à cette tendance bien ancrée dans les sociétés contemporaines? Et si notre parano moderne était l'expression paradoxale d'une quête de sens que la surenchère médiatique ne parvenait pas à satisfaire?