L'été dernier, mon fils a sauté du plongeoir de dix mètres, celui de la piscine municipale de Condom, dans le Gers. L'année précédente, il avait sauté de celui de trois mètres, puis du cinq mètres, puis, à la fin de l'été, du sept mètres cinquante. En haut du plongeoir de dix mètres, il est resté à fixer l'eau pendant longtemps. Cette année, il a de nouveau contemplé l'eau longuement et j'ai failli lui dire: «Tu sais, ce n'est pas grave si tu ne sautes pas.» Mais je n'ai rien dit. J'ai attendu, comme lui. D'un oeil, je lisais; de l'autre, je suivais le manège. Il a avancé, et reculé, plusieurs fois. Puis il s'est avancé et m'a regardée. Le livre refermé, j'ai compté silencieusement, en levant le pouce puis l'index puis le majeur. Au troisième doigt levé, tout en continuant de me regarder pour se donner du courage, il a sauté. Je n'ai jamais sauté du plongeoir de dix mètres, ni à onze ans ni plus tard, sans doute car personne n'a compté «Un, deux, trois». J'ai plongé dans le vide (...)