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SECHER LES COUILLONS - JURONS, INSULTES ET AUTRES AMABILITES

Code EAN13: 9782812606519

Auteur : CROZES DANIEL

Éditeur : ROUERGUE


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Extrait

[UN LANGAGE CAUSTIQUE ET LONGTEMPS RÉPROUVÉ]

Autrefois, dans les bourgs et les villages, des hommes facétieux apprenaient aux enfants à blasphémer. Mécréants pour la majorité d'entre eux, ils leur demandaient de traduire en langue d'oc : Émile doit du maïs à Dieu. De ces enfants pour lesquels l'occitan était la langue maternelle et quotidienne, ils obtenaient ainsi : Emila diu de milh à Diu. Ce qui produisait en accéléré : e miladiu de miladiu - ou mille dieux de mille dieux ! Le blasphème suprême était énoncé en déclenchant aussitôt l'indignation des femmes mais également des hommes au langage raffiné, les foudres des grenouilles de bénitier, des marguillières, des sacristains, des religieuses, des desservants de paroisses. Depuis des siècles, les paroles impies contreviennent au deuxième commandement du Décalogue : «Tu ne prononceras pas en vain le nom de Dieu.» (Exode, 20, 7). Pendant longtemps, cette infraction gravissime a été sanctionnée par l'Église. L'Ancien Testament condamne les blasphémateurs à la lapidation (Lévitique, 24, 16). Sous le règne de saint Louis, au XIIIe siècle, les coupables étaient marqués au fer rouge sur le front et les récidivistes avaient la langue coupée pour les empêcher de s'obstiner ce qui amena les blasphémateurs en puissance à tourner sept fois la langue dans la bouche avant de s'indigner, de se mettre en colère et de s'emporter violemment. Les révolutionnaires de 1789 supprimèrent le délit de blasphème dont l'abolition définitive ne devait intervenir qu'après la Restauration. Mais l'Église n'en demeura pas moins ferme sur ses positions et pourchassa avec virulence tous les blasphémateurs qui persistèrent - par provocation - à employer des euphémismes de miladiou qui appartiennent toujours à notre langue familière du XXIe siècle : mille dits, mille non, mille noms. Dans un conte inédit qui a été découvert en 1985, l'écrivain occitan Jean Boudou (1920-1975) raconte la mésaventure d'un paysan du Ségala de Crespin qui avait tombé son sac de maïs dans les eaux du Viaur au retour d'une foire et ne décolérait pas en se lamentant : «Adieu, milh, adieu !» Pour tempêter ensuite : «Milh, adieu !» Ce qui revenait à affirmer d'une manière à peine déguisée : «Miladiu !» Comme l'intéressé était le sacristain de la paroisse, le desservant se montra magnanime et ne le condamna pas ; il considéra même qu'il ne pécherait pas lorsqu'il ressentirait le besoin de s'écrier : «Milh, adieu !» Les hommes de cette paroisse ne n'en privèrent sûrement pas.
Miladiou, mille dieux, nom de Dieu, sacré nom de Dieu, quarante mille dieux, bordel de Dieu, quarante dieux n'étaient pas les seules que l'Église rangeait parmi les paroles impies. Il y avait également le fameux macarel que certains ont transformé en macarèche ou en macaniche pour ne pas heurter des oreilles trop sensibles ainsi que l'expression aussi répandue «Que Dieu me damne !» devenue en langue d'oc «Diu me damne» puis dioumédamne.
(...)
  • EAN
    9782812606519
  • Auteur
  • Éditeur
    ROUERGUE
  • Collection
    ROUERGUE LITTER
  • Genre
    Littérature
  • Date de parution
    02/04/2014
  • Support
    Broché
  • Description du format
    Version Papier
  • Poids
    210 g
  • Hauteur
    210 mm
  • Largeur
    120 mm
  • Épaisseur
    14 mm
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