Extrait de l'introduction de Elisabeth Peyroux et Claire Bénit-Gbaffou
Quartiers résidentiels fermés, privatisation de la sécurité et gouvernance urbaine: lecture croisée des phénomènes observés dans les villes d'Afrique sub-saharienne
Préambule - Contexte et objectifs de l'ouvrage
Notre point de départ - Un éclairage sur les quartiers résidentiels fermés en Afrique sub-saharienne
Le phénomène des «communautés fermées*», «ensembles résidentiels sécurisés», «quartiers fermés» ou encore «enclaves fortifiées» suscite depuis quelques années un vif intérêt de la part de la communauté scientifique. De nombreuses études ont été conduites dans les contextes nord-américain (Blakely et Snyder, 1997; Low, 2003; Le Goix, 2003; Degoutin, 2006), français et européen (Charmes, 2003, 2005), latino-américain (Caldeira, 1999; Thuillier, 2002; Capron, 2006), asiatique (Leisch, 2002; Glasze, 2003c) et dans une perspective comparative (Glasze, Webster et Frantz, 2005; Atkinson et Blandy, 2006; Billard, Chevalier et Madoré, 2005). Différentes perspectives théoriques et conceptuelles ont été mobilisées au sein de plusieurs disciplines pour analyser ce phénomène complexe et multidimensionnel (voir en particulier Atkinson et Blandy, 2006). De nombreux travaux se sont attachés à analyser de manière critique les risques et les enjeux liés au développement de ces quartiers fermés: la «privatisation» de l'espace public, les phénomènes d'exclusion et de ségrégation, les entorses aux principes démocratiques, la prédation de ressources publiques ainsi que les risques de sécession politique ont été largement débattus (Flusty, 1994; Marcuse, 1997; Davis, 1990; Soja, 2000; Glazse, 2003b; Le Goix, 2006). Les interprétations de ce phénomène ont en outre fait l'objet de relectures critiques, notamment de la littérature états-unienne, latino-américaine et française, autour des rapports entre processus d'enfermement, de sécurisation, d'autonomisation et d'homogénéisation résidentielle (Capron, 2004).