L’avenement de la medecine dite personnalisee, de l’intelligence artificielle et de ses dispositifs algorithmiques ont reconfiguré la notion de données médicales, mais aussi les modalités concrètes de la relation thérapeutique que ce numéro repense dans un temps long (xviie-xxie siècle).
De nos jours, le paradigme du grand nombre (big data) entraine un renouvellement des representations medicales du corps et de la relation therapeutique. L’avenement de la medecine dite personnalisee, de l’intelligence artificielle et de ses dispositifs algorithmiques s’accompagne de nouveaux imaginaires et rhetoriques soignants. Ces dernieres déploient un discours prophetique sur les decouvertes scientifiques a venir, sur la capacite des sciences a repousser les maladies et meme la mort, a renforcer et normaliser les corps ; l’idee d’une medecine toute puissante, en somme. La « verite » des corps et la resolution de leurs troubles ne se trouveraient que dans ce qui est pense comme une double objectivation : traitement de donnees quantitativement nombreuses et realisation de l’exercice par une machine non douee d’affects.
Ce numéro revient sur ces rhetoriques medicales, saisissant ces promesses intellectuelles et techniques dans le temps long, en les articulant aux relations therapeutiques qu’elles induisent. Il enquête sur les cesures que genere l’emergence des donnees medicales en grand nombre, comme sur les tres fortes permanences de l’idee d’un « progres » necessairement obtenu par une mise a distance de la mediation humaine, pour saisir les corps et leurs pathologies.