Extrait
«Le douze de décembre, veille de Sainte-Lucie mil cinq cent cinquante et trois, naquit Monsieur le prince procréé de très excellents princes Antoine de Bourbon duc de Vendôme et Madame Jeanne de Navarre fille unique du roi Henri de Navarre et de Marguerite soeur de François roi de France, de nuit entre deux et trois heures après minuit de la nuit de Sainte-Lucie, en le château de Pau...»
Dès sa venue au monde, consignée dans les registres des «Établissements de Béarn», le futur Henri IV paraît hésiter entre l'Histoire et la légende. Ce n'est pas en effet le 14 décembre 1553 - ni même le 12 comme l'a rectifié le scribe - que le Vert-Galant pousse son premier cri, mais bien aux premières heures du 13 décembre, au cours de l'une de ces nuits les plus longues de l'année, à l'approche du solstice d'hiver. Malgré cela, les pronosticateurs ne manqueront pas de tirer maintes conclusions de cette date erronée, tel Estienne Deselles, «maître écrivain podographe et arithméticien juré», dans ses Observations mathématiques du nombre de quatorze, tant sur la naissance, mort & principalles actions de feu Henry le Grand, vivant roi de France et de Navarre, publiées en 1611...
Songes et prémonitions savent parler aux hommes de la Renaissance d'une destinée qu'ils croient réglée par les décrets du Ciel. Pourtant, qui aurait pu deviner que ce petit-fils d'un roi de Navarre, venant de naître au pied des Pyrénées, à deux cents lieues de Paris, irait un jour s'asseoir sur le trône de France ? Certes, son père, Antoine de Bourbon, premier prince du sang, en est l'héritier présomptif, en cas d'extinction des Valois. Mais la perspective d'une telle éventualité paraît alors hautement improbable. Henri II, qui règne depuis 1547, a déjà eu quatre fils. Trois ont survécu aux embûches de la prime enfance et, deux ans plus tard, son épouse florentine, Catherine de Médicis, lui en donnera un cinquième.