Les frontières politiques entre Etats doivent-elles constituer également des barrières économiques ou laisser s'opérer librement les échanges commerciaux? A ce très ancien problème, des solutions différentes furent apportées au cours des temps, en fonction des conditions économiques et politiques comme des conceptions et des objectifs des pouvoirs existants. C'est le protectionnisme qui, surtout dans l'histoire moderne, a été le plus souvent pratiqué, le libre-échange étant une exception. La formule de l'union douanière, évoquée depuis le XIXe siècle, permet de combiner la liberté des échanges internes et une protection vis-à-vis de l'extérieur, ce qui présente un particulier intérêt pour l'Europe, petit continent morcelé en nombreuses unités politiques.
Le mercantilisme
L'Empire romain peut, dans une certaine mesure, être considéré comme un vaste «marché commun» avant la lettre. Il subsistait certes, entre les provinces, des quantités de péages et d'octrois pour des raisons fiscales, mais les droits étaient peu élevés et bien supportés car l'organisation impériale apportait au commerce des avantages essentiels: le magnifique réseau des voies romaines, l'aménagement des ports et, par-dessus tout, la sécurité assurée. D'où l'activité des échanges et le développement des villes. Aux frontières avec le monde extérieur, l'Etat romain, pour des raisons économiques ou militaires, interdisait les exportations de blé, de fer, et limitait les importations de produits de luxe.