L'histoire, rapportée par le quotidien britannique le Financial Times, a fait le tour de la planète. En visite à la fameuse London School of Economies, une des universités les plus prestigieuses du monde, s'il en est, qui forme l'élite des économistes, la reine d'Angleterre demande à ses sujets et aux professeurs de renommée internationale qui la reçoivent en ce jour du mois de novembre 2008, soit quelques semaines seulement après le déferlement d'un tsunami financier sans précédent: «Pourquoi personne n'a-t-il vu venir cette crise?» Avec ce mélange de crédulité et de délicatesse qui la caractérise, la reine Elisabeth a résumé les doutes et les questionnements que tous ont exprimés à l'égard des économistes. Pourquoi ces derniers n'ont-ils pas été en mesure de prévoir cette débâcle? Pourquoi n'ont-ils pas attiré l'attention des responsables politiques et des décideurs sur la formation de cette bulle immobilière qui allait déclencher la plus grande crise économique depuis les années 1930? Pourquoi n'ont-ils pas été capables de tirer à temps la sonnette d'alarme devant la multiplication de ces nouveaux instruments financiers et la part de risque qu'ils contenaient?
Pire: ne dissertaient-ils pas encore sur la solidité des économies modernes quelques semaines, voire quelques jours, avant que n'éclate cette crise? Le prophète de la finance globale, l'ancien gourou de la Réserve fédérale, Alan Greenspan, n'a-t-il pas répété sa foi dans la capacité du marché à absorber les excès et les chocs et à s'ajuster pour assurer un fonctionnement cohérent des marchés financiers, dans des mémoires publiés quelques semaines seulement avant cette crise? N'a-t-il pas déclaré devant un Congrès médusé, le 23 octobre 2008: «Durant quarante ans, au moins, j'ai été fermement convaincu que mon idéologie fonctionnait exceptionnellement bien»? Mais Alan Greenspan n'est pas le seul à avoir sombré avec cette crise.