Au tournant du xxe siècle, l'oeuvre de Nelligan s'impose et marque la poésie québécoise de façon décisive. En effet, au romantisme grandiloquent le jeune poète substitue un symbolisme évocateur, puisé à même sa sensibilité et son esprit créateur, mais aussi inspiré par de grands poètes européens tels que Verlaine, Baudelaire, Rimbaud et Rodenbach. En l'espace de trois ans (1896-1899), avant même de franchir le cap de ses vingt ans, le poète crée son oeuvre. Il passera le reste de sa vie (1899-1941) entre les murs d'un asile, livré à une douloureuse solitude. "Une ébauche de génie", dira Dantin, voulant ainsi résumer le drame de la prodigieuse création d'un poète brisé. Grâce à Réjean Robidoux et Paul Wyczynski, l'oeuvre de Nelligan se présente aujourd'hui sous un éclairage nouveau qui fait davantage valoir le lyrisme authentique du poète et la singularité de son écriture.