A l'été 1938, dix ans avant la parution de Refus global, Paul-Émile Borduas réalise une série de photos des paysages côtiers et intérieurs de la région gaspésienne, et de Percé tout particulièrement. Cette recherche photographique s'inscrit dans le cadre d'une vaste enquête sur les arts domestiques, l'artisanat et le tourisme. Mais l'artiste détourne, en partie tout au moins, les objectifs imposés afin de poursuivre une expérience avec ce médium.
Cette confrontation apparaît comme une étape déterminante dans le développement du langage de Borduas et se révélera le lieu d'un questionnement profond sur les moyens et les visées de la peinture.
Au-delà de l'indéniable qualité de ces photos sur le plan esthétique et de leur valeur documentaire gardant trace d'une Gaspésie disparue, cette exploration du médium photographique jette aussi un éclairage neuf sur l'histoire culturelle québécoise de la fin des années 1930 au moment où Borduas commence tout juste à émerger comme peintre.