Que dire encore de lui ? Qu'il est plein de réserve et d'attentions envers ceux qu'il côtoie. Que ses lèvres esquissent en permanence l'insondable sourire des bouddhas. Que la fausse tresse de cheveux noirs qui jaillit de son bonnet à ailerons lui descend en bas des reins. Que les manches du vêtement qu'il porte dans ses sorties officielles sont si évasées qu'une seule suffirait d cacher un quartier de Neuf Qu'il n'a aucun charme physique particulier. A travers beaucoup d'invention, une écriture ciselée et des faits historiques réels — le sac du Palais d'été en 1860, la guerre de l'opium — ce roman d'époque s'articule d'abord autour de Jacques Trévier, un jésuite défroqué. Son mandat est de ramener d'une île de la mer d'Oman un maître teinturier dont l'art du noir éliminerait tous les maux qui gangrènent la Chine. Il y rencontrera surtout l'amour de sa vie sous les traits d'une femme albinos belle comme une apparition. Mais cette histoire nous met aussi d'emblée en présence de réalités très contemporaines : l'appropriation intempestive des ressources naturelles, les trafics illégaux, l'espionnage industriel et leurs effets dévastateurs qui minent l'équilibre social et environnemental des nations en jeu.