Tout est pourri chez Bruce Robertson, simple brigadier de commissariat : ses idées, son cerveau, son corps, tout chez lui n’est qu’abjection et calcul. Quand il parle, c’est pour mentir ou humilier. Flic plus véreux qu’un voyou, il ne se prive de rien : viol de mineure, drogues, manipulation mentale. Quand il est chargé d’enquêter sur le meurtre d’un journaliste noir, il décide d’en faire le moins possible, ne pensant qu’aux corps-marchandises des femmes qu’il veut culbuter. Si le cheminement mental d’une bien nommée ordure peut lasser chez un auteur quelconque, le schéma narratif mis en place par Irvine Welsh laisse apparaître une foule d’autres sujets qui tournent comme des petites planètes éclairées par une critique sociale féroce. Sûrement plus efficace que bien des essais, Welsh montre d’abord combien un individu devient bête quand il dispose d’un pouvoir, aussi petit soit-il. Le discours du flic, insoutenable pour ceux que la grossièreté verbale met mal à l’aise, est plein de distorsions, d’analogies. Elaboré, il met les bonnes moeurs littéraires face à leurs limites, il écrit trash au point de faire passer Virginie Despentes pour une BCBG. L’alchimie qui s’en dégage nous pousse bien au delà du "Grande-Bretagne, je vous hais'. Lire Irvine Welsh, déjà auteur de Trainspotting et Ecstasy, c’est voir les catacombes de l’an 2000, les monstres engendrés par le siècle. Parfois, ils sont autour de nous, silencieux derrière un bureau ou hurlant dans un stade. --Laurent Galiana-- "