«Il n'y a qu'une douleur qu'il soit facile de supporter, c'est celle des autres.» René Leriche
Quelques mots d'histoire
Les théories sur la genèse de la douleur ont évolué avec la pensée et la manière dont les rapports entre corps et âme ont été envisagés au cours du temps. Si les connaissances se sont progressivement enrichies des apports successifs, c'est véritablement le XXe siècle qui a permis de rentrer dans l'intimité des systèmes anatomiques ou biologiques impliqués dans la douleur, grâce à l'explosion des neurosciences. On trouvera, dans le remarquable ouvrage de référence de R. Rey, cette histoire très complète de la douleur. E. Lorin nous fournit quelques repères historiques de cette évolution.
L'influence du rapport corps et esprit
Pour Hippocrate (- 460/- 370), la douleur «est un chien de garde de notre santé» qui «aboie» pour alerter l'organisme. Il observe que, de deux douleurs, la plus forte cache la plus faible... Il s'agit de théories observationnelles dont on peut remarquer la simplicité et la justesse!
Un saut dans le temps nous conduit à Galien (131-201) qui considère la douleur comme une atteinte du tact, une sensation qui a son siège dans le cerveau. Mais le christianisme imprime durablement son empreinte et donne à la douleur une valeur rédemptrice qui prévaut. Le protestantisme s'affranchira de cette interprétation et rendra le corps indépendant de l'Église. Ambroise Paré (1509-1570) a, quant à lui, décrit les névralgies et la douleur du membre fantôme à laquelle le XXe siècle trouvera enfin une explication! Avec Descartes (1596-1650), la douleur est une perception de l'âme; la glande pinéale est l'organe intégrateur de toutes les sensations. Selon lui, la douleur existe grâce à un système simple de câble reliant la peau au cerveau... Avec Sydenham (1624-1689), ce sont les premiers travaux sur la morphine qui sont publiés. Le XVIIIe siècle voit se développer les travaux sur les sensations, grâce à la méthode expérimentale qui s'impose. C'est à Bichat (1771-1802) que l'on doit l'individualisation du système nerveux végétatif, la notion de seuil à la douleur. Les mécanistes, les animistes et les vitalistes s'affrontent dans des théories que l'histoire corrigera ou confortera... Pour les mécanistes, la douleur est une conséquence de la distension des fibres. Les animistes pensent que la douleur est le signe d'un conflit intérieur, proposant une explication psychologique au symptôme! Les vitalistes, quant à eux, suggèrent que la douleur est un moyen de lutte pour la vie et ne représente en rien une punition. Certains travaux portent en germes bien des principes aujourd'hui reconnus comme vrais. Nous retranscrivons une partie du discours (et de sa conclusion) prononcé en 1799 par M. A. Petit (chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu de Lyon) à l'ouverture des cours d'anatomie et de chirurgie de l'hospice général des malades de Lyon.