Extrait
Extrait de la préface de Michèle Lefrançois, conservateur en chef du patrimoine
Voici enfin ce nécessaire hommage. Car, dans ce purgatoire infligé aux «classiques» de l'entre-deux-guerres, nul oubli ne fut plus injuste que celui qui frappa Anna Quinquaud. Les années 1930. L'épopée de la colonisation permet à Anna Quinquaud de lancer un double défi : trouver sur les lointaines terres africaines une réponse à sa vocation de femme sculpteur. D'emblée, à la récompense méritée des charmes de la Villa Médias, elle préfère l'aventure risquée de contrées mystérieuses. Le succès sera au rendez-vous. On ne tarira pas d'éloges sur cette artiste intrépide qui apporte sa moisson d'exotisme dans les Salons parisiens. En 1931, année de l'Exposition coloniale, dans le célèbre Illustration, Henry Bérenger remercie «cette voyageuse de l'idéal, cette beauté blonde argent, fille de notre Occident [...] d'avoir su trouver le secret de l'Afrique aux yeux noirs». Les sublimes silhouettes sculptées par Anna Quinquaud suscitent alors admiration et... interrogation. Car personne n'a encore porté ce regard si particulier où perce à tout moment comme une poésie de grâce méditative. Face à cette africanité représentée dans sa noblesse, élégante et nostalgique, les commentaires élogieux trahissent la surprise : «[...] Certains types Maures semblent des Romains oubliés jadis sur des territoires colonisés par l'Empire», estime Arsène Alexandre. Ou bien voit-on encore dans la célébration du peuple foulah le souvenir biblique des anciennes tribus d'Israël. A l'évidence, les sources classiques d'idéal et de beauté conjugués abondent. Mais, comme l'avoue plus justement Jacques Baschet, «[...] Anna Quinquaud nous livre un peu d'âme de ces peuples que nous connaissons si mal». Le compliment vaut pour sa perception intuitive d'un art transcendé où l'esprit guide la main pour donner sens à une vision humaniste.
De retour en Europe, Anna Quinquaud, avec le même talent, laisse la trace de son répertoire colonial sur plusieurs édifices parisiens. Puis des décennies crépusculaires font suite à cette production honorifique, jusqu'à la vente discrète de son atelier en 1982.
Car dans des bilans hâtifs, l'histoire de l'art fit des amalgames malheureux et jeta des anathèmes immérités sur ceux qui restèrent à l'écart des avant-gardes.
Voici enfin ce nécessaire hommage. Car, dans ce purgatoire infligé aux «classiques» de l'entre-deux-guerres, nul oubli ne fut plus injuste que celui qui frappa Anna Quinquaud. Les années 1930. L'épopée de la colonisation permet à Anna Quinquaud de lancer un double défi : trouver sur les lointaines terres africaines une réponse à sa vocation de femme sculpteur. D'emblée, à la récompense méritée des charmes de la Villa Médias, elle préfère l'aventure risquée de contrées mystérieuses. Le succès sera au rendez-vous. On ne tarira pas d'éloges sur cette artiste intrépide qui apporte sa moisson d'exotisme dans les Salons parisiens. En 1931, année de l'Exposition coloniale, dans le célèbre Illustration, Henry Bérenger remercie «cette voyageuse de l'idéal, cette beauté blonde argent, fille de notre Occident [...] d'avoir su trouver le secret de l'Afrique aux yeux noirs». Les sublimes silhouettes sculptées par Anna Quinquaud suscitent alors admiration et... interrogation. Car personne n'a encore porté ce regard si particulier où perce à tout moment comme une poésie de grâce méditative. Face à cette africanité représentée dans sa noblesse, élégante et nostalgique, les commentaires élogieux trahissent la surprise : «[...] Certains types Maures semblent des Romains oubliés jadis sur des territoires colonisés par l'Empire», estime Arsène Alexandre. Ou bien voit-on encore dans la célébration du peuple foulah le souvenir biblique des anciennes tribus d'Israël. A l'évidence, les sources classiques d'idéal et de beauté conjugués abondent. Mais, comme l'avoue plus justement Jacques Baschet, «[...] Anna Quinquaud nous livre un peu d'âme de ces peuples que nous connaissons si mal». Le compliment vaut pour sa perception intuitive d'un art transcendé où l'esprit guide la main pour donner sens à une vision humaniste.
De retour en Europe, Anna Quinquaud, avec le même talent, laisse la trace de son répertoire colonial sur plusieurs édifices parisiens. Puis des décennies crépusculaires font suite à cette production honorifique, jusqu'à la vente discrète de son atelier en 1982.
Car dans des bilans hâtifs, l'histoire de l'art fit des amalgames malheureux et jeta des anathèmes immérités sur ceux qui restèrent à l'écart des avant-gardes.