Extrait
La politique, c'est la relation
Dimanche 26 novembre 2006. Ségolène Royal, salle de la Mutualité à Paris, devant les cadres dirigeants du Parti socialiste, prononce son discours d'investiture de candidate à l'élection présidentielle, un événement relayé en direct par les télévisions d'information. Un véritable «sacre», pour reprendre la formule favorite que la presse a trouvée pour désigner celle qui n'est pas encore présidente mais qui, déjà, est reine. Heureuse d'être là, mais manifestement émue, d'une voix claire et assurée, elle lance : «Vous m'avez donné de la force !» Puis, s'adressant aux socialistes, à la gauche, et au-delà d'elle à tous les Français, elle les invite à l'aider à «tracer le chemin» et à «gravir la montagne». Se voulant rassurante, comme une mère à l'égard de ses enfants - en témoigne un «n'ayons pas peur !» -, elle délivre des paroles d'amour et d'harmonie : «Aidons-nous les uns les autres à servir la France !» La parabole abonde, la foi déborde. De star pour couvertures papier glacé des magazines people, la «dame blanche» s'est soudainement muée en Sainte. Le Politique est entré dans le Religieux. Il est devenu, que dis-je, il est redevenu une affaire de croyance.
Jeudi 30 novembre. La presse quotidienne régionale publie un bref entretien avec Nicolas Sarkozy, intitulé «Pourquoi je suis candidat». Le président de l'UMP doit s'exprimer le soir à la télévision, mais déjà il annonce : «J'ai l'ambition de créer une nouvelle relation avec les Français qui repose sur deux mots : confiance et respect, confiance en la parole donnée et respect de chaque Français pris individuellement.» Et quand on lui demande quel contenu il compte donner à cette nouvelle relation, il explique : «Faire de la France le pays où "tout peut devenir possible".