Les petits enfants croquent la vie à pleines dents ; ils ont une faim de loup et un appétit d'ogre d'histoires et de livres. Ils font ainsi leur miel de textes fins et d'images savoureuses, qu'ils picorent dans tous ces albums jeunesse qui leur sont consacrés. Mais tous ces ouvrages de littérature de jeunesse sont-ils à s'en lécher les babines ? Séducteurs en diable - aux petits oignons - jouent-ils sur la corde sensible, les émotions, des adultes qui lisent le plus souvent ? Ou racontent-ils des salades, des soupes au lait ? La littérature de jeunesse ne s'adresse-t-elle qu'à des enfants qui ont un petit pois dans le cerveau et qu'il faut éduquer avant tout ? Tout sucre, tout miel, ne faut-il leur parler que de doux et heureux instants, puisqu'il s'agit de les protéger du monde terrible qui les entoure et de garder leur innocence ? Avons-nous peur de les plonger sadiquement dans l'horreur, la perte, la séparation, avec nos mots à nous, crus, durs, ou trop salés parfois ?