Extrait
Être ou ne pas être ? De tout temps, nombreux sont ceux qui se sont confrontés à cette question à un moment ou un autre de leur vie. Je me la suis posée plus d'une fois.
Croire ou ne pas croire ? Ce dilemme semble être apparu beaucoup plus tard dans l'histoire humaine, enracinée dès l'origine dans des croyances aux nombreux visages. Ne pas croire était presque inenvisageable dans des sociétés peuplées de divinités uniques ou multiples : il fallait être quelque philosophe fou pour oser ce choix.
Croire ou ne pas croire : un dilemme qui m'a longtemps habitée, je devrais dire hantée.
Ne pas croire, est-ce d'ailleurs humainement possible ? Sortie des limites du champ religieux, la réponse est évidemment non. Car tout homme croit en quelque chose : le destin, la chance, la vie, l'humanité, le monde, une puissance divine, des valeurs telle la solidarité, la vérité, la beauté. Chacun de nous vit un minimum de convictions, ancrées sur un minimum de foi en un minimum de données.
Croire ou ne pas croire : c'est dans un champ plus restreint que la question est posée ici, celui de la croyance métaphysique, et plus précisément la croyance religieuse vécue dans les religions monothéistes, souvent évoquée sous le nom de Foi.
La Foi : comment un seul mot peut-il couvrir des réalités si diverses ? J'ai eu souvent le sentiment de m'égarer devant les différences d'un si grand nuancier, de la foi qui se dit par touches légères à celle qui enjoint, suggérant ou imposant selon leur style ce qu'elles considèrent comme la vérité - quelle vérité ? Difficile de les dénombrer, mais on peut en identifier quelques-unes.
Telle la «foi du charbonnier», surprenante, celle qu'a longtemps vécue ma mère : une foi tranquille, solide, paisible, une inébranlable confiance. «Je crois, disait-elle, je ne me pose pas de questions.» Elle me laissait bouche bée. Dans les dernières années de sa vie, le doute est parfois venu s'insinuer, mais je crois bien qu'elle balayait chaque assaut d'un revers de prière, sûre de l'effet promis à celle-ci.
Ou encore la foi éclairée, que l'on sent construite sur des questions ouvertes et des recherches approfondies, mûrie au fil des réflexions, des expériences, du temps. C'était la foi personnelle et libre d'un Père Chenu, inoubliable. C'est la foi personnelle et libre de certains croyants que j'ai l'occasion de côtoyer : elle est pour moi source d'un inlassable émerveillement.
Mais aussi la foi incertaine, celle qui traverse de grandes périodes de doute, en sort vacillante d'avoir tant tremblé, mais frémissante de vie comme la flamme d'une bougie caressée par un souffle d'air. Lumineuse au-delà de la nuit, parce qu'elle a choisi de rester obstinément une «foi fidèle». J'ai eu l'immense chance d'en recevoir le témoignage : il m'a profondément émue.
À son opposé, la foi inculquée par démonstrations, dogmes, catéchisations outrancières - voire menaçantes comme je les ai connues, celle des «gardiens du Temple» des grands «soldats» de Dieu, mais aussi celle qui a parfois tué jusqu'au souffle de l'esprit, chez ceux qui l'ont subie dans une soumission sans discussion avant de la vouer un jour aux gémonies. Elle peut être aussi belle dans sa rectitude que redoutable dans sa rigidité.