" Du plus loin que je me rappelle, les souvenirs de mon père me laissent la sensation d'une infinie souillure. " Le roman de Patrice Julion-Obert n'agite pas les poings, comme l'invite pourtant le climat littéraire de l'époque, mais il porte en lui un désir de réconciliation à travers sa narratrice. Abandonnée par son père, cernée par les fantasmes qu'il a semés, sa quête est celle d'une enfant qui veut se reconstruire sans maudire l'endroit d'où elle vient. Qui sait ? De cet accord avec ses origines peut s'évanouir le ressentiment que l'on a tant cultivé. Patrice Julion-Obert signe avec " La Marée " un très beau roman sur l'image que peut véhiculer un père fuyant. C'est qu'avec cette présence aléatoire s'avance la figure instable du paternel, qui, bien que démasquée, se démultiplie. Jeu psychologique sur les fantasmes et la primauté du non-dit sur la parole " vraie ", ce texte sillonne le monde de l'incertain et de l'éphémère pour rendre à l'autre non pas son objectivité, mais toute son imagerie fluctuante.