Le deuil constitue un double exil. Parce qu'il résulte d'une impossibilité à voir, toucher, étreindre, entendre les morts, parce qu'il nous isole de ceux qui nous entourent et qui ne peuvent comprendre notre hébétude et notre désarroi, il nous place entre parenthèses et nous situe dans un hors-lieu. Un espace médian que connaît Sabine Planchenault depuis le décès de Julien. Un infini brouillard qu'elle n'a cessé de sillonner depuis la disparition de ce fils. Un territoire de brumes dont elle tente encore et toujours de s'extirper, sans concéder quoi que ce soit… C'est-à-dire sans succomber aux sirènes du désespoir et sans oublier le défunt pour réintégrer une vie normale. L'écriture deviendra alors son alliée. En effet, qui mieux qu'elle, qui mieux que ce hors-lieu et hors-temps pour retisser les liens perdus avec le fils et les vivants?