Écoute: dans le noir, une source sanglote et meurt en gargouillis dans le bassin de grès; la nuit marque son pouls des cris de la hulotte.
Vois: le peuple ondulant des sapins tient congrès Sous l'oeil interloqué d'une lune chagrine, Jalouse d'une étoile aux cils empanachés.
Respire ces odeurs d'humus et de résine Et les acres relents aux chablis attachés.
Des chaos, des amas, où souvent se dessine Le grand corps torturé de monstres arrachés Aux parois fissurées, aux vastes plateformes. Des dolmens impromptus, des menhirs de hasard, Des dragons alanguis aux mâchoires énormes: Univers hors du temps, gigantesque bazar Couronné de vapeurs, auréolé de brume... Des tanières de roc, des cavernes sans fond Ouvrent leur gueule noire à ce peuple qui fume De colère ancestrale, à ce convoi bouffon, Grimaçant, immobile en sa rage assassine, Exposant alentour ses chagrins rabâchés.
Ailleurs, c'est le dos rond d'un gnome qu'on devine Parmi les champignons aux grands bonnets tachés Ou le galbe parfait d'une nymphe mutine, Émergeant tout à trac des buissons panachés.
La montagne t'accueille en robe mélusine, Sotrés et Graouly dans ses replis cachés.