Extrait
Extrait de l'introduction
Votre quête est probablement aussi, je l'imagine, un peu la mienne. Nous n'avons pas beaucoup de raisons d'être optimistes sur la joie de vivre sur Terre demain. Bien sûr, savants et politiciens nous disent tous les jours quels sont les comportements à adopter pour protéger la planète, avant de nous les imposer demain peut-être avec violence. Évidemment, il faut ménager l'eau, l'air, les énergies fossiles. Cependant, jour après jour s'épaissit notre intime conviction d'être des intrus, des passagers qui viennent de nulle part et n'arriveront au terme de leur voyage nulle part non plus. Oh, tous s'occupent bien de leur affaire, les urbanistes, les biotechnologues, les comptables et les statisticiens. L'espace est aménagé, compté et «grenellisable» - du nom du «Grenelle de l'Environnement» - du moins en affichage. Mais qu'en est-il de la Terre, pas celle dans laquelle nous plongerions d'illusoires racines, mais celle sur laquelle nous marchons et d'où nous regardons le ciel ? Elle est difficile à trouver. Dans les sites naturels préservés, peut-être, mais ceux-ci ne sont-ils pas aussi des espaces spécialisés où d'autres ont tout pensé pour nous, y compris ce que nous devons penser de nous-mêmes dans la nature ? Une nature où nous ne pouvons pas nous égarer, les sentiers y sont - heureusement - balisés ; et nous en sortons - quelle étrangeté que de «sortir de la nature» - plus savants grâce aux circuits pédagogiques et aux panneaux.
Est beau ce que nous n'avons pas touché, ce sentiment nous effleurera. Il nous taraudera sournoisement lors de la visite des sites historiques sauvegardés. Là, même si l'architecture ancienne n'est pas dans tous les cas de première qualité, et les conditions de vie pas aussi idylliques qu'on ne voudrait le croire, on construisait mieux sur terre «avant». À y regarder de près, en effet, on ne voit plus où les choses se construisent. Avec du passé et du présent. Dans la nature non cantonnée à des réserves. Avec de la terre et du ciel, c'est-à-dire dans un espace de plénitude. Autrement dit, nous avons le sentiment que la production de paysage est achevée depuis longtemps, et que notre regard ne peut à présent se focaliser que sur les petites choses à portée de mains, en oubliant les horizons et les airs : trop loin, rien que l'on puisse acheter...
Le vignoble est cela, cieux et lointains, mais aussi la rude concurrence d'une foultitude de produits à portée de consommation. Une visite de Riquewihr, une halte à Obernai. Un tronçon de la Route des vins. Des visites de cave et, pourquoi pas ? un tour de sentier viticole. Nous aurons avec cela passé de bons moments, dans un chaud-froid d'exotisme et de rappels réguliers que le vignoble est bien de notre temps, urbanisé, et pour aller d'un segment de la Route des vins à l'autre, on subit des endroits navrants et des... embouteillages. On peut aussi décider de ne pas tout voir, mais de s'essayer à vivre une totalité. Ce n'est pas la même chose et ce livre retrace deux expériences que nous aimerions partager avec vous.
Votre quête est probablement aussi, je l'imagine, un peu la mienne. Nous n'avons pas beaucoup de raisons d'être optimistes sur la joie de vivre sur Terre demain. Bien sûr, savants et politiciens nous disent tous les jours quels sont les comportements à adopter pour protéger la planète, avant de nous les imposer demain peut-être avec violence. Évidemment, il faut ménager l'eau, l'air, les énergies fossiles. Cependant, jour après jour s'épaissit notre intime conviction d'être des intrus, des passagers qui viennent de nulle part et n'arriveront au terme de leur voyage nulle part non plus. Oh, tous s'occupent bien de leur affaire, les urbanistes, les biotechnologues, les comptables et les statisticiens. L'espace est aménagé, compté et «grenellisable» - du nom du «Grenelle de l'Environnement» - du moins en affichage. Mais qu'en est-il de la Terre, pas celle dans laquelle nous plongerions d'illusoires racines, mais celle sur laquelle nous marchons et d'où nous regardons le ciel ? Elle est difficile à trouver. Dans les sites naturels préservés, peut-être, mais ceux-ci ne sont-ils pas aussi des espaces spécialisés où d'autres ont tout pensé pour nous, y compris ce que nous devons penser de nous-mêmes dans la nature ? Une nature où nous ne pouvons pas nous égarer, les sentiers y sont - heureusement - balisés ; et nous en sortons - quelle étrangeté que de «sortir de la nature» - plus savants grâce aux circuits pédagogiques et aux panneaux.
Est beau ce que nous n'avons pas touché, ce sentiment nous effleurera. Il nous taraudera sournoisement lors de la visite des sites historiques sauvegardés. Là, même si l'architecture ancienne n'est pas dans tous les cas de première qualité, et les conditions de vie pas aussi idylliques qu'on ne voudrait le croire, on construisait mieux sur terre «avant». À y regarder de près, en effet, on ne voit plus où les choses se construisent. Avec du passé et du présent. Dans la nature non cantonnée à des réserves. Avec de la terre et du ciel, c'est-à-dire dans un espace de plénitude. Autrement dit, nous avons le sentiment que la production de paysage est achevée depuis longtemps, et que notre regard ne peut à présent se focaliser que sur les petites choses à portée de mains, en oubliant les horizons et les airs : trop loin, rien que l'on puisse acheter...
Le vignoble est cela, cieux et lointains, mais aussi la rude concurrence d'une foultitude de produits à portée de consommation. Une visite de Riquewihr, une halte à Obernai. Un tronçon de la Route des vins. Des visites de cave et, pourquoi pas ? un tour de sentier viticole. Nous aurons avec cela passé de bons moments, dans un chaud-froid d'exotisme et de rappels réguliers que le vignoble est bien de notre temps, urbanisé, et pour aller d'un segment de la Route des vins à l'autre, on subit des endroits navrants et des... embouteillages. On peut aussi décider de ne pas tout voir, mais de s'essayer à vivre une totalité. Ce n'est pas la même chose et ce livre retrace deux expériences que nous aimerions partager avec vous.