Extrait
C'est dans la matinée qui a suivi mon arrivée au camp Éden que je me suis noyé pour la première fois. Aux trois quarts de l'examen de natation, quand la crampe que je sentais monter depuis le début a fini par se tordre en un noeud serré. Mon flanc s'est figé, mes jambes n'ont plus répondu, et j'ai coulé.
Bouge tes pieds ! ai-je hurlé en pensée, mais l'ordre n'a pas passé mon abdomen. Une douleur intense irradiait de la crampe, pareille à un poing qui se crispe de plus en plus. Je me suis débattu pour rejoindre la surface, mais je n'ai trouvé que de l'eau et des bulles. J'ai continué à me démener, à tenter d'attirer l'attention de mes camarades de chambrée qui nageaient au-dessus de moi, mais aucun d'eux ne m'a remarqué.
Je n'aurais jamais dû me retrouver dans l'eau, ni même passer cet examen. Je le savais et, pourtant, j'avais voulu essayer. À cause d'elle : Lilly, la maître nageur et l'une des animatrices stagiaires. Ce n'était pas en jouant les tocards qui rechignent à faire quelques longueurs que j'allais impressionner une fille comme elle. Et, sur le ponton, c'était ce qui avait primé sur tout le reste.
Je la voyais là-haut, dans son maillot de bain rouge, en train de nous surveiller. Enfin... en train de surveiller tout le monde sauf moi. J'imagine que je n'avais pas assez retenu son attention pour qu'elle note mon absence - ce qui pour moi n'était pas une nouveauté.
J'ai continué à couler, à m'enfoncer dans le froid. Les muscles trop fatigués, les mouvements de mes bras ont ralenti. La douleur de la crampe plus forte que jamais. La pression sur mes oreilles. La lumière qui diminuait autour de moi.
Une sensation désagréable, un besoin impérieux ont peu à peu envahi ma poitrine. Owen, il est temps de respirer. L'ordre était pragmatique, comme si l'intérieur de mon corps était contrôlé par de minuscules techniciens en combinaison jaune, chargés de surveiller mes fonctions vitales sur des écrans lumineux. J'ai toujours eu l'impression de ne pas être aux commandes, que d'autres étaient responsables de moi.
Le technicien qui observait mon rythme cardiaque a soufflé quelque chose à sa voisine, responsable de mon taux d'hémoglobine, dont le moniteur clignotait de façon alarmante. Elle a secoué la tête devant les bips incessants. Je ne peux pas faire grand-chose de plus, a-t-elle soupiré. Il va nous falloir de l'oxygène.
Le besoin s'est intensifié, tel un ballon gonflant dans ma poitrine. Je devais à tout prix respirer. Inspirer, expirer. Même s'il y avait de l'eau devant ma bouche, peu m'importait.
C'est tout ce que j'ai, est intervenu un autre technicien en regardant les dernières bulles d'oxygène s'échapper de mes poumons.
Bouge tes pieds ! ai-je hurlé en pensée, mais l'ordre n'a pas passé mon abdomen. Une douleur intense irradiait de la crampe, pareille à un poing qui se crispe de plus en plus. Je me suis débattu pour rejoindre la surface, mais je n'ai trouvé que de l'eau et des bulles. J'ai continué à me démener, à tenter d'attirer l'attention de mes camarades de chambrée qui nageaient au-dessus de moi, mais aucun d'eux ne m'a remarqué.
Je n'aurais jamais dû me retrouver dans l'eau, ni même passer cet examen. Je le savais et, pourtant, j'avais voulu essayer. À cause d'elle : Lilly, la maître nageur et l'une des animatrices stagiaires. Ce n'était pas en jouant les tocards qui rechignent à faire quelques longueurs que j'allais impressionner une fille comme elle. Et, sur le ponton, c'était ce qui avait primé sur tout le reste.
Je la voyais là-haut, dans son maillot de bain rouge, en train de nous surveiller. Enfin... en train de surveiller tout le monde sauf moi. J'imagine que je n'avais pas assez retenu son attention pour qu'elle note mon absence - ce qui pour moi n'était pas une nouveauté.
J'ai continué à couler, à m'enfoncer dans le froid. Les muscles trop fatigués, les mouvements de mes bras ont ralenti. La douleur de la crampe plus forte que jamais. La pression sur mes oreilles. La lumière qui diminuait autour de moi.
Une sensation désagréable, un besoin impérieux ont peu à peu envahi ma poitrine. Owen, il est temps de respirer. L'ordre était pragmatique, comme si l'intérieur de mon corps était contrôlé par de minuscules techniciens en combinaison jaune, chargés de surveiller mes fonctions vitales sur des écrans lumineux. J'ai toujours eu l'impression de ne pas être aux commandes, que d'autres étaient responsables de moi.
Le technicien qui observait mon rythme cardiaque a soufflé quelque chose à sa voisine, responsable de mon taux d'hémoglobine, dont le moniteur clignotait de façon alarmante. Elle a secoué la tête devant les bips incessants. Je ne peux pas faire grand-chose de plus, a-t-elle soupiré. Il va nous falloir de l'oxygène.
Le besoin s'est intensifié, tel un ballon gonflant dans ma poitrine. Je devais à tout prix respirer. Inspirer, expirer. Même s'il y avait de l'eau devant ma bouche, peu m'importait.
C'est tout ce que j'ai, est intervenu un autre technicien en regardant les dernières bulles d'oxygène s'échapper de mes poumons.