Viâtre, petite ville au bord du Rhône. Gégène est retrouvé brûlé sous un pont, près d’un autre sans-abri qui n’a rien vu, assommé par l’alcool. Les deux clochards refusaient avec obstination de loger dans le foyer voisin, de peur d’aliéner la dernière chose qu’il leur restait: leur liberté. Mais parmi les marginaux, les morts se succèdent à un rythme inquiétant: Nano le jongleur, puis Nakusha, la « non voulue » qui fait le saut de l’ange. Tous ont en commun un court passage par le foyer. Les soupçons se portent très vite sur le directeur dont on dit qu’il a des choses à cacher. Mais une bande d’adolescents a déjà torturé à mort l’un des exclus il y a peu, et il est bien difficile d’y voir clair. D’autant que des marginaux qui meurent ne vont pas mobiliser les forces de police. Alors, tous ceux qui gravitent autour du foyer vont s’efforcer de comprendre d’où vient le mal; par solidarité, par crainte, et aussi parce qu’ils sont obligés de composer avec leur propre fêlure, la « blessure des origines »: Jonas, le vagabond qui s’abrutit d’une mixture à base de vin blanc et de sirop pour la toux pour oublier un passé douloureux; Jef, l’éducateur qui soigne sa mélancolie en portant secours à son prochain; Odile, sa sœur vétérinaire, prisonnière d’une liaison humiliante; Habiba, la cuisinière du foyer qui fait des miracles avec rien et sert de mère à tous; et… un chien à trois pattes, incarnation des plaies des hommes qui sont nés sous une étoile cannibale. Au-delà de la culpabilité et de la folie, des liens arrivent à se nouer entre les êtres et lorsque émerge la triste vérité sur la mort des exclus, c’est cela qui restera, même de manière fugace et imparfaite: le lien entre les hommes.