Karen Duve démarre en douceur. Sous la pluie. Beaucoup de pluie. Mais il pleut, en Allemagne, c'est bien connu. Surtout à l'Est. Ici, on a de la vase, en plus. Normal, pour un marais. Et des salamandres, des limaces. Un peu envahissantes, les limaces. Même dans la maison. Une maison plutôt pourrie, il faut bien avouer. Mais ce jeune couple – il est écrivain, et elle, mannequin – va s'en faire un nid douillet, sûrement. Un pot de peinture, un rayon de soleil, et& Mais il n'y aura pas de rayon de soleil. La pluie ne s'arrêtera pas. Karen Duve mène son petit bonhomme de cauchemar à un rythme savamment maîtrisé, accélérant la cadence au moment voulu, guidant ses personnages vers l'abîme qu'elle leur a sournoisement préparé. CŒurs sensibles, s'abstenir. Dans la vase – le cloaque originel, envers d'un Éden aboli – peu à peu s'enfoncent les corps, et les âmes. Et l'état de nature se fait décomposition sauvage. Vision noire, terrifiante même, où les hommes ne brillent ni par le courage, ni par la finesse (doux euphémisme). Règlement de comptes ? En tout cas, une bonne douche s'impose en refermant ce livre, d'une qualité exceptionnelle, mais plutôt éprouvant. --Scarbo