S'il est loisible de manger la chair et De la raison des animaux sont deux textes qui font partie de l'oeuvre morale de Plutarque. L'un et l'autre traitent différemment de l'animalité. Comment l'homme doit-il se comporter envers les animaux ? Et surtout dans quelle mesure l'homme diffère-t-il des animaux ? En réalité, c'est une réflexion sur les rapports entre l'âme et le corps, qui se joue ici. L'âme, le corps, la nature entretiennent une relation complexe, réglé par un ordre du monde. Pour Plutarque les animaux ont une âme, une raison même. Il ira jusqu'à dire que la raison des animaux est plus proche de la nature que la raison humaine. A l'époque de Plutarque, dans les milieux stoïciens, on s'interrogeait déjà sur le discours ou le langage des animaux. Bien qu'ils n'aient pas d'intellect à proprement parler, qui leur permette d'élaborer des jugements, les animaux éprouvent des émotions qu'ils peuvent exprimer au moyen d'une langue qui leur est propre. Selon Plutarque, il y aurait deux raisons pour ne pas manger la chair des animaux. La première concerne leur statut d'être animé dans le monde vivant ou dans l'ordre naturel du monde. Pour manger de la viande il faut mettre à mort une âme vivante. Dans l'ordre du monde auquel se réfère constamment Plutarque, cette pratique, cette tuerie est contre nature. La seconde raison concerne la nature de l'âme humaine. Selon Plutarque, pour être en accord avec sa propre nature, l'âme doit se libérer du corps, se détacher des liens sensibles qui la ramène aux inconstances de son propre corps. Et manger de la viande ne peut qu'alourdir l'âme. Se nourrir de viande, c'est renforcer le corps, le rendre plus puissant, plus présent, jusqu'à finalement le laisser diriger lui-même les mouvements de son âme.