A bien des égards, la notion de patrimoine s'est construite sur la distance vis-à-vis de l'émotion. Le sacrifice exemplaire des affects à son endroit garantirait la spécificité d'une " prise " savante sur ses objets. Lorsque, au contraire, le sentiment l'emporte, ce serait toujours sous la forme, exacerbée, de passions identitaires, plus dangereuses souvent en matière d'héritage que la simple indifférence, à la fois par les exigences d'actualisation qu'elles lui imposent et par les risques d'iconoclasme en retour qu'elles lui font courir. Aujourd'hui, toutefois, l'évolution patrimoniale - à travers une approche par les valeurs reconnues par les différentes communautés, au rebours de la justification par une science extérieure, désintéressée - met au premier plan les questions de l'émotion et de la distance. Ce numéro examine, dans cette perspective, diverses spéculations, en différents lieux et à différentes époques, sur l'émotion et sur son exacerbation, ou au contraire, son absence, et plus généralement sur les attitudes patrimoniales qui lui sont liées, entre maîtrise et vénération, sollicitation et évocation.