L'Orénoque ! Les messieurs comme nous partaient pour New York, habituellement. Mais l'Orénoque ! Ca ne s'était pas vu depuis les campagnes de Bolivar. Nous eûmes donc droit, dans le clair matin, à un piquet d'honneur, formé de deux concierges, trois cireurs de chaussures, un crieur de journaux et un unijambiste vendeur de billets de loterie : ils agitaient leurs chapeaux et clamaient encore leur enthousiasme lorsque le camion tourna au coin de la rue. Tels furent les derniers adieux de la capitale à l'ORAM. " ORAM ", c'était le sigle que j'avais peint sur tous nos bagages, et sur la couverture de mon premier cahier d'expédition, où je commençai d'écrire ce jour-là. ORAM pour Orénoque Amazone. Un jour, beaucoup d'années plus tard, je découvris par hasard qu'ORAM pouvait aussi se lire AMOR.