La conquête des montagnes au cours des âges n'a jamais eu une signification particulière auprès des populations; les hauts reliefs ont même représenté une gêne majeure car ils empiétaient sur le domaine cultivable. Hormis quelques cas isolés comme l'ascension du Mont Ventoux en 1326 par le poète humaniste italien Pétrarque, les grands sommets ont toujours suscité la crainte, une peur souvent irraisonnée de l'inconnu. En 1492, Charles VIII ordonne pourtant à Antoine de Ville et aux «Escalleurs du Roy», ceux-là même à qui l'on confiait l'attaque des murailles, de gravir le très majestueux et très impressionnant Mont Aiguille avec grands renforts d'échelles, de cordes et autres pitons... Les premiers équipements sur une paroi rocheuse venaient d'être posés. Il faudra attendre encore longtemps pour que d'autres initiatives de ce genre prennent effet et que l'intérêt ludique se manifeste. En 1843, la voie normale du Hoher-Dachstein en Autriche est sécurisée; en 1869 c'est au tour de l'arête du Grossglockner. D'autres aménagements apparaissent par la suite dans le massif de la Brenta et de la Marmolada point culminant des Dolomites. La guerre de 1915-1918 éclate entre l'Autriche et l'Italie et met fin à toutes les activités touristiques. Les militaires des deux camps rivalisent alors d'efforts et d'imagination pour sauvegarder les frontières en perçant des galeries, en équipant les vires et les parois d'échelles et de câbles et ce dans des conditions de souffrances et de privations extrêmes. Une bonne trentaine d'années s'écoulent encore pour que l'implantation de nouvelles voies prenne naissance en Italie, principalement dans la région de Cortina d'Ampezzo. Peu à peu, le concept «via ferrata» s'impose dans les Dolomites. Le relief ne favorisant guère la randonnée, les équipements étaient de fait nécessaires au franchissement de certains passages. Mais il faut bien dire aussi que le relief stratifié de cette région et le cadre hors normes de ces montagnes se prêtaient magnifiquement à l'essor de cette nouvelle discipline et à une relance de l'activité montagne en général qui ne cessera de croître. Les années soixante-dix voient la réhabilitation des principaux itinéraires militaires. Après les années quatre-vingt, on ne note plus d'aménagements majeurs dans les Dolomites. Tout semble figé, quand en 1988, la première via ferrata française, celle de Fressinières, voit le jour dans le Briançonnais grâce à l'initiative d'un guide local Lionel Condemine. D'autres réalisations suivent à l'aiguille du Lauzet et aux Vigneaux. On compte actuellement quelque 150 itinéraires dans l'hexagone. Ironie de l'histoire, cette «invention» purement européenne née de la guerre est en passe de devenir une activité de loisir reconnue et appréciée, un sport à part entière...