Le Festival n'est pas né d'une génération spontanée. S'il a bénéficié de l'abandon de Brest, c'est que le terrain était favorable. Les Lorientais ont, par nature, le goût de la fête et quelques fourmis bretonnes dans les jambes. Dès 1953, pour mettre du baume au coeur d'une population meurtrie par la destruction de sa ville, dans Lorient encore en baraques, la nouvelle Union des commerçants et industriels, le Cercle celtique Brizeux et les Anciens Prisonniers de guerre mettent sur pied le Triomphe de la duchesse Anne d'Armorique, une fête folklorique réunissant quatorze bagadoù et trente-trois cercles qui aura lieu quatre années d'affilée.
En 1969, la Fête des ports bretons, lancée par le tout nouveau comité des fêtes, a une connotation plus bretonne que maritime. A l'époque, on disait «folklorique» du bout des lèvres en craignant d'entendre: «Encore des binious!» La fête sur deux jours serait très éclectique. Un concours national des sonneurs par couple, des exhibitions de groupes turcs et portugais, des jeux intervilles entre Lorient et Saint-Malo. Le lendemain, messe en breton sur le parvis de l'église Saint-Louis, défilé de trente bagadoù et cercles, qui se produiraient l'après-midi à l'Estacade, pour finir par un triomphe sous un défilé aérien. Puis soirée de variétés avec, notamment, le Morbihannais Alain Barrière et l'orchestre d'Europe n° 1, avant feu d'artifice au bassin à flots. Puis bal public et fest-noz jusqu'à l'aube. Derrière cette initiative, on sent déjà la main de la Bodadeg ar Sonerion (BAS), qui gère les bagadoù et suscite pour eux des fêtes. Depuis 1953, ses concours se tiennent à Brest dans le cadre du prestigieux Festival international des cornemuses jusqu'à ce qu'un conflit, né entre le comité des fêtes et la municipalité à propos du réaménagement du site de la place du Château, ne débouche stupidement sur la disparition du Festival. Dès lors, la BAS doit chercher où s'amarrer. Nantes et Saint-Malo sont candidates, mais la majorité des groupes musicaux se trouvent en Basse-Bretagne et ses principaux responsables, eux-mêmes de la région lorientaise, exercent une aimable pression pour que Lorient, plus centrale, reprenne le bébé. D'autant plus qu'ils avaient pu tester le savoir-faire local. Le président du comité des fêtes organise, il est vrai, avec le même allant un concours de majorettes ou une fête de la bière, son créneau professionnel. Pierre Guergadic - on ne le nomme que Pierrot - sportif, jovial, populaire, sait faire. «Mais, dira-t-il désolé, la musique celtique, la culture bretonne, moi je n'y connais rien!» La chose bretonne n'est pas porteuse. L'homme ne sait pas dire «non», il dira «oui». Il faut faire vite, on est déjà mi-mars, période électorale qui oblige à se couvrir du côté des deux candidats maires. Et foncer. Pour le côté spectacles Polig Montjarret, président de la BAS, et Mikaël Micheau-Vernez, chargé de la commission des fêtes, verront cela. Il prend l'organisation matérielle et rabat les bénévoles.