Chez Catherine et Jean (pas de décors, plutôt des espaces scéniques). Catherine vient d'ouvrir à Iris et Laurent. Laurent tient un bouquet de roses rouges.
IRIS. - Maman, voici Laurent.
LAURENT. - Pour vous, madame.
CATHERINE. - Des roses Baccara! J'adore les roses Baccara, Iris a dû vous le souffler!
Laurent fait un pas de côté, tourné vers le public.
LAURENT, au public. - Je suis illustrateur sonore. C'est mon métier. Je mets de la musique sur des reportages ou sur des docs, généralement derrière la voix d'un journaliste. J'ai peu de temps pour monter cet habillage sonore, mais d'instinct, je sais quelle musique conviendra. (Un temps.) C'est une vocation. C'est devenu un sixième sens. C'est plus fort que moi, je ne peux m'empêcher d'imaginer quelle musique collerait le mieux sur telle ou telle situation où je me trouve. (Temps.) Par exemple, là, à ma première rencontre avec mes futurs beaux-parents, devinez à quoi je pense en fond sonore. (Un temps.) Les «Gymnopédies», mais en version jazz. Ça existe; j'en connais au moins dix-sept. Tenez... (On entend s'élever les «Gymnopédies» d'Erik Satie en jazz trio. Soft. Enjoué. Joyeux.) Vous entendez comme ça fonctionne sur une rencontre avec des beaux-parents?
Il se retourne vers Catherine et lui offre son bouquet.
CATHERINE, répète sa réplique. - Des roses Baccara! J'adore les roses Baccara, Iris a dû vous le souffler!
IRIS. - Pas du tout. Laurent est un grand intuitif. Où est papa?
CATHERINE. - En cuisine. Depuis l'aurore. Il m'a interdit d'y entrer, je n'ai eu que le droit de mettre la table. Vous allez vous régaler!
LAURENT. - Ça sent bon.
CATHERINE, appelle. - Jean! Lâche tes fourneaux, viens faire la connaissance de Laurent et voir les sublimes roses Baccara qu'il m'apporte... Jean!
Toujours sur fond de «Gymnopédies» jazz, Jean apparaît avec un tablier de cuisine à fleurs...