Le Maroc donne, davantage que tout autre pays maghrébin ou même arabe, une impression d'inaltérabilité. Contrairement aux chefs des Etats voisins, le monarque n'aurait pas de projet social hormis celui de durer, alors que les élites appartenant à l'opposition de gauche chercheraient à " édifier un Etat moderne ayant ses propres institutions ". Pourtant, le pays n'a pas échappé aux bouleversements économiques, sociaux, et même politiques. Le régime marocain semble être toujours au bord de la rupture, même si les chancelleries occidentales lui prêtent une " force tranquille " de résistance à l'islamisme.
Dans cette sociologie historique du Maroc, Mohamed Tozy veut montrer comment la société construit son univers politique et pense son rapport au pouvoir. Il analyse les itinéraires des acteurs politiques, leur capacité à représenter les autres hommes et les conditions d'acquisition de celle-ci. Il rend compte de l'aptitude du système à perdurer et à gérer de façon efficace un certain nombre de traumatismes. Comment alors évaluer le processus de réforme qui a débuté dès le début des années quatre-vingt-dix ? Faire la différence entre les mesures qui indiquent une mutation dans les mœurs politiques et celles qui consacrent une culture de servitude ? Le référent islamique est certainement essentiel, mais n'épuise pas à lui seul toutes les facettes de la culture politique marocaine, partagée par tous les acteurs y compris les islamistes.