Qu'est-ce que le monde ? Question de philosophe ! Question de théologie ! Réponse de géographe. De la découverte de la terre à l'invention du monde, c'est un trajet géographique qui est suivi, réintroduisant la vie dans un discours qui s'était peu à peu naturalisé pour s'assurer.
Avant de devenir science sociale, la géographie fut science naturelle. Mais elle était d'abord une science morale et politique en vue du " bon gouvernement ". De ces divers passages, il est resté de fortes traces idéologiques qui imprègnent les finalités, les méthodes et les démarches de la discipline. Les implicites " archéologiques " sont même toujours les principaux piliers des travaux contemporains. Liberté, déterminisme, équilibre, voire harmonie ou chaos, sont au cœur d'une science qui a le monde pour objet en ce que chacun y occupe fatalement une place. C'est un héritage métaphysique. C'est au moins la marque profonde d'une culture, qu'il faut savoir reconnaître.
En tentant une définition du monde comme " outil " de la conscience et non comme la triviale et impossible somme de tout, ce livre, qui est à la fois essai, manifeste et invitation pédagogique, cherche à débusquer les attitudes de pensée à travers les objets géographiques qu'elles produisent : le lieu, le paysage, le territoire, l'Etat, le " continent " ; le Nord, le Sud, l'Occident, l'Orient.