Extrait
Dérivé du latin, le mot «Méditerranée» signifie «(mer) au milieu des terres». Une neutralité qui contraste avec le «mare nostrum» des Romains. «Notre mer», dans la bouche d'un Romain, mettait surtout en avant une communauté de cultures appuyée sur des conquêtes militaires. Auparavant, dans l'Ancien Testament, les Juifs avaient nommé la Méditerranée la mer «Hinder», celle de l'Ouest. Les Turcs, eux, parlent aujourd'hui de «Akdeniz», la mer Blanche, par opposition à la Noire qui s'étend de l'autre côté du Bosphore. C'est une mer fermée, cernée, circulaire ; qu'on soit né sur ses rives ou de passage, on peut toujours y trouver son port d'attache et s'imaginer roi. S'arrêter en un lieu calme, se fixer et regarder l'horizon, autant dire le monde. «Suave mari magno...», disait Lucrèce. Les plus grandes civilisations se sont construites ainsi. Le Catalan Salvador Dali a osé proclamer un jour, en lissant sa moustache, que la gare de Perpignan était le centre du monde. L'affirmation a fait sourire, rire même. Nous sommes tous, pourtant, orgueilleux et fous comme Dali. Nous savons, d'instinct, que la Méditerranée, par-delà ses crises, ses conflits et ses civilisations englouties, nous appartient. À tous, c'est-à-dire à chacun. «Je me dis que cette mer, la Méditerranée, ne promettait rien. Elle se contentait de donner, mais à profusion», Jean-Claude Izzo.