Extrait de l'introduction de Thierry COANUS: Cet ouvrage trouve sa source dans deux séminaires initiés en 20011 par Jean-François Pérouse, sur le thème de la confrontation aux risques des sociétés urbaines contemporaines, notamment sur le pourtour méditerranéen. Le texte de cadrage de ces rencontres évoquait le caractère à la fois mouvant et élastique du terme risque. Comme l'écrivait alors Jean-François Pérouse, «le danger perçu comme un risque extrême dans un pays et à un moment donnés peut être perçu très différemment dans un autre pays ou à une autre époque (...). Le risque relève donc des faits de représentation: il ne peut être étudié indépendamment des instances qui l'identifient et le "construisent" - d'une manière plus ou moins scientifique, au demeurant - et des politiques préventives qui peuvent être déployées pour le neutraliser ou, à défaut, le minimiser. En conséquence, le risque est un bon révélateur des modalités de fonctionnement des pouvoirs politiques, des pouvoirs académiques et des sociétés civiles, et des interrelations entre ces "sphères" (jamais étanches l'une à l'autre). Donc ce sont moins les dangers en eux-mêmes qui retiendront notre attention ici que la façon dont ils sont formulés, "pris en charge" et mis en débat dans les sociétés concernées». Istanbul, énorme réponse apportée par l'auteur est positive. «Territoire concret et vécu», le local - le voisinage, le quartier, mais aussi les niveaux locaux d'administration, arrondissement, mairie métropolitaine et préfecture - semble constituer à la fois un niveau pertinent de réponse opérationnelle en cas de séisme (car les organisations centralisées sont le plus souvent hors de fonctionner), et un «réservoir» de connaissances empiriques autant que de sociabilités, précieuses en cas de crise. C'est aussi un «bien commun» susceptible d'investissement collectif, et donc de mobilisation. Les initiatives consécutives au séisme de 1999 sont ainsi nombreuses et diverses, qu'elles soient d'initiative privée ou institutionnelle. Une fois établi «le lien entre catastrophes, risques et invention du local», l'auteur relève que le débat politique national a été en partie transformé par ce renouveau. La faillite des organisations étatiques centralisées, la vigueur des initiatives spontanées, ont conduit à des réflexions sur l'organisation politique et administrative turque, dans le sens d'une plus forte participation citoyenne et d'une plus grande décentralisation, même si la persistance de biais communautaristes, clientélistes et affairistes incite à une certaine prudence quant à la pérennité de ces évolutions.