Après l'effondrement de l'ordre bipolaire et la disparition de la menace que les armées du pacte de Varsovie faisaient peser sur le monde occidental, les problèmes de la sécurité en Europe et dans le monde se sont posés en d'autres termes et les politiques de défense des Etats ont dû s'ajuster au nouveau contexte stratégique. Le Livre blanc de 1994 marquait à cet égard une inflexion de la politique française, mais il s'agissait d'un texte de compromis et le gouvernement de cohabitation dirigé par Edouard Balladur n'avait pas tiré toutes les conséquences des changements intervenus, notamment au plan de l'organisation des forces armées et de la programmation militaire. C'est seulement après l'élection de Jacques Chirac à la présidence de la République que la France s'est prononcée nettement en faveur de l'émergence d'une " identité européenne de sécurité et de défense " dans le cadre d'une " alliance atlantique rénovée " et a rompu avec la tradition républicaine du " citoyen-soldat " en optant pour la professionnalisation des armées.
Le colloque organisé en mars 1997 par le Centre de Relations Internationales et de Stratégie (CRIS) de l'Université de Paris I (Sorbonne) se propose d'éclairer la signification de la réforme de la politique française de défense en examinant tour à tour la modification de l'environnement international, la mutation de l'institution militaire et l'avenir de l'industrie européenne d'armement. Des universitaires, des officiers supérieurs et généraux ainsi que des ingénieurs de l'armement ont apporté leur contribution à ce débat et un compte rendu détaillé des travaux permet à la fois de prendre la mesure des enjeux de la réforme en cours et de mettre en évidence la diversité des opinions émises sur ces sujets. Il est complété par deux communications consacrées respectivement aux armées de métier contemporaines (Bernard Boëne) et à l'industrie française d'armement (Jean-Paul Hébert).