Dans les années 20, l'économiste soviétique N.D. Kondratieff étudiant la dynamique longue de l'économie capitaliste, élaborait une construction statistique montrant la succession de "vagues ascendantes" et de "vagues descendantes", en matière de prix, salaires, innovations..., depuis la fin du XVIIIe siècle. Une décennie plus tard, J. Schumpeter rendit hommage à ce travail en donnant le nom de Kondratieff (alors déporté en Sibérie où il mourra) aux cycles longs d'origine technologique que lui-même définissait dans son ouvrage Business Cycles.
Luigi Scandella entend synthétiser l'apport de différents travaux qui ont été menés sur la périodicité et les causes du Kondratieff. Il présente ainsi un modèle séquentiel et systémique, à l'intérieur duquel les liaisons entre variables réfèrent à des logiques très diverses : c'est au faible niveau des taux d'intérêt nominaux et réels à la fin d'un "Kondratieff de baisse", que sont renvoyées les conditions déterminantes de la reprise ; mais c'est le multiplicateur d'investissement qui, dans le modèle, nourrit le caractère auto-entretenu de la croissance au cours du "Kondratieff de hausse".
Au-delà, l'auteur couple avec les "Kondratieff" des données d'ordre géopolitique et culturel : cycles "hégémoniques" qui voient émerger, puis s'affaiblir (et éventuellement disparaître au cours de guerres hégémoniques) une puissance dominante imposant son ordre dans les domaines militaire, économique et financier ; transformations cycliques - et également harmonisées sur le Kondratieff - de la vie sociale, intellectuelle et culturelle : les phases de hausse étant dominées par la pensée rationnelle et l'ouverture au monde, tandis que le repli, voire la xénophobie, aussi bien que les approches mystiques de la religion marqueraient les phases de baisse.
Pour l'auteur, la faiblesse de la croissance européenne, le pessimisme, les bouffées d'irrationnel qui marquent la vie sociale et culturelle, doivent se lire dans cette grille d'analyse. Il pose comme très forte la prégnance du cycle (dans sa dimension plurielle) ; mais admet qu'il est possible de s'interroger : la dynamique endogène du Kondratieff relève-t-elle de l'inéluctable, ou peut-on envisager (au moins) de hâter la sortie de crise ? -- Danielle Cazals --