Avec la maîtrise de la compression numérique, la scène européenne connaît au milieu des années quatre-vingt-dix une croissance vertigineuse de l'offre des programmes de télévision. Cette croissance a débuté au début des années quatre-vingt sous les effets conjugués de l'ouverture au secteur privé avec l'abandon des monopoles publics de diffusion et le développement de nouveaux vecteurs de diffusion, le câble et la réception directe par satellite. L'approvisionnement de ces chaînes en programmes est devenu un enjeu crucial.
En Europe, la forte croissance des chaînes de télévision ne s'est pas accompagnée d'une augmentation proportionnelle des activités de production. Si globalement la programmation reste en majorité d'origine nationale, certains programmes s'internationalisent : il s'agit des œuvres de stock, fiction, animation, documentaire. L'insuffisante production européenne de cette catégorie de programmes à forte valeur marchande conduit les chaînes européennes à les rechercher au-delà du Vieux Continent.
Ce déséquilibre entre les activités de diffusion et de production se traduit par un déficit de la balance commerciale européenne et incite au développement de politiques industrielles et commerciales adaptées. Ce déficit est aussi culturel, car les images sont vecteurs d'une identité nationale. La dimension technologique n'est pas non plus absente, avec le développement des images télévisuelles au format " cinéma ", prélude possible d'une télévision à haute définition. C'est pourquoi la production des programmes de stock est devenue le principal enjeu des politiques audiovisuelles européennes, lesquelles s'appuient autant sur un dispositif réglementaire que les mesures incitatives.
Afin que la production européenne reste présente sur son propre marché et obtienne les moyens de se développer, acteurs économiques et institutions doivent apporter des solutions de deux ordres. L'industrialisation recherchée de la production passe par une transformation du statut de l'œuvre audiovisuelle, qui n'est plus un élément du flux de programmation, mais un bien à caractère patrimonial. A cette fin, l'activité de production doit être séparée de la diffusion, afin que le producteur audiovisuel maîtrise pleinement le processus d'exploitation des programmes, de leur création à leur vente sur les marchés étrangers. L'approche complémentaire à cette rationalisation de l'activité de production, propre à équilibrer l'offre et la demande en programmes, est de créer un espace européen de l'audiovisuel permettant de mettre en œuvre des projets d'envergure, et pouvant faciliter la circulation des œuvres nationales existantes vers les chaînes des autres pays européens.