Quelles que soient leurs conclusions, la plupart des études historiques sur l'enseignement primaire aux XIXe et XXe siècles ont un point commun : elles interprètent les statistiques officielles sans prendre en considération leur mode de fabrication.
Or, depuis la Restauration, le territoire national de référence, le système de collecte des données, le champ de l'enquête et, surtout, les catégories d'élèves recensés ont plusieurs fois changé.
Peut-on l'ignorer et continuer à raisonner sur des chiffres trompeurs ?
Comparer des résultats disparates ?
Calculer des taux de scolarisation aberrants et dresser, l'informatique aidant, le palmarès des départements au point de pourcentage près ?
Après avoir consulté - au-delà des publications officielles - les formulaires d'enquête et les instructions préalables, J.N. Luc met en garde contre l'usage aveugle et l'interprétation hâtive des nombres d'établissements et d'élèves.
Pour faciliter l'utilisation des chiffres disponibles, il propose un répertoire critique des sources, un inventaire des facteurs d'inexactitude, une grille d'analyse des résultats. En tenant compte des enquêtes restées inédites et des réformes oubliées, il reconstitue aussi l'histoire un peu déformée par la mémoire républicaine de la statistique des écoles depuis la fin du XVIIIe siècle.
A l'issue de ce voyage dans les coulisses de la statistique scolaire, on peut reconsidérer la politique d'information du ministère et l'évolution de la population scolarisée.