L'idée de ce livre sur les plantes sauvages, foisonnant de saveurs et de nature, s'est inscrite en nous comme une évidence. Nous avons tous deux grandi dans la ruralité. Pour Hubert, ce fut dans un environnement de prairies et de vignes à Rosheim, pour moi dans les prés et la forêt des contreforts des Vosges contre laquelle Haegen, mon village, est blotti. A bien réfléchir, ce sont nos mamans qui nous ont transmis ce lien fort avec la nature. Hubert voyait la sienne honorer la mâche sauvage et le poireau des vignes. Maman m'a appris que la chélidoine guérit les verrues, que le bouillon blanc soulage les bronchites, que les pousses de sapin donnent des sirops contre la toux, que les fleurs de primevère valent toutes les confiseries et qu'une feuille d'oseille mâchée calme la soif. N'en déduisez pas qu'Hubert et moi partagions une enfance commune: nous ne nous connaissions pas, mais nos mamans ont grandi dans le même village. Il s'appelle Lochwiller. Il ne fait plus partie de l'Ackerland, il n'est plus dans le Kochersberg. Il est à la frise de ces régions, proche de Marmoutier, sur un espace nommé Heckeland, le «pays des haies». J'y passais mes vacances dans la ferme de ma grand-mère Marie-Barbe, reprise par tante Élise et oncle André. Dans cette ferme, j'ai vécu avec une exaltation sans limite les fenaisons, les moissons, le travail autour de la plantation de tabac et des pommes de terre. J'y ai engrangé les parfums du grenier à céréales, des étables et du trèfle à faucher chaque jour. Maman, Marie-Thérèse Staebler, a épousé en 1949 Aloyse Morgenthaler, sculpteur sur bois de Haegen, le village où j'ai grandi. Jacqueline Hantz, épousa en 1953 Jacques Maetz de Rosheim, à la fois agriculteur, vigneron et tenancier de la Rosemer Winstub. Nos mères se sont perdues de vue après leur mariage. J'ignorais leur enfance et leur adolescence communes lorsque je suis allée vers Hubert pour lui proposer de présenter avec moi, à partir de 1995, l'émission «Sur un siess». Notre complicité si forte qui permit, au cours des treize ans de cette série, de rencontrer autant l'approbation du public, vient aussi de là: d'être nés de valeurs simples, fortes, inculquées et transmises par des gens d'une terre identique. Nous avons vécu le rituel de la purée aux herbes du Jeudi saint, "s Ninkrittermües, pour laquelle nos mères réunissaient poireau, épinard et ce que la nature donne de sauvage vers Pâques: achillée, jeunes orties, pissenlit, oseille, aegopode et lierre terrestre. Hubert puise d'ailleurs sa force dans son osmose avec la nature. Il agit d'instinct en homme de la terre avec ce bon sens paysan qui le rend si attachant. Son bonheur est de magnifier ce que la nature lui a offert et, en chef inventif, il est toujours prompt à créer de nouveaux mariages de saveurs. De mon enfance proche de la terre, je garde une passion pour la botanique, qui transparaît souvent dans mes livres. Sonate à Catherine, Au jardin de ma mère, À demain à New York, Retour à Bellagio ou Les Saisons de mon enfance sont des odes à la nature et à ses petits riens somptueux. Ce livre naît à une époque très chlorophylle et nature, marquée par l'envie de se soigner par les plantes et de revenir vers des valeurs ancestrales. Les simples et la phytothérapie sont plus prisés que jamais. Les herboristes s'accordent à reconnaître cet étonnant regain d'intérêt pour les plantes. Pourtant, nous n'avons nullement voulu obéir à un phénomène de mode en réalisant ce livre."