Ce 11 novembre 2008, la neige tombe dru sur la place de Waldighoffen. Elle secoue par bourrasques les oriflammes frappées de poissons héraldiques et de couronnes pourpre et or. Dans ce bourg des confins jurassiens de l'Alsace, comme dans tant d'autres, les bannières féodales signalent la mairie, plus visiblement que le drapeau tricolore. Il est là tout de même, blanc dissous dans le blanc, bleu perdu dans le ciel voisin des étoiles européennes. Seul résiste le rouge, torche ou flaque au gré des humeurs du vent. De grands préparatifs ont précédé la cérémonie. Le matin encore, le personnel communal s'est assuré de la propreté des drapeaux, de leur solidité aussi, car un vent violent se levait. Les ultimes vérifications faites, un vieil homme a fugitivement pensé que le drapeau de la France pourrait, ce jour-là, pour la commémoration de la Libération, se passer de compagnie. Mais «le» ministre était annoncé, entraînant dans son sillage les multiples présidents locaux, ceux dont claquent les oriflammes bigarrées. L'homme, dont les images des fêtes tricolores de son enfance ont un instant défilé dans sa tête, décida de les oublier et retourna à ses occupations. Il a rejoint à présent les habitants du village, et d'autres venus de plus loin, spectateurs passifs du «devoir de mémoire» auquel les ont invités les organisateurs de l'anniversaire de la Libération de Waldighoffen, le 22 novembre 1944. Le moment est exceptionnel, car l'École militaire de Saint-Cyr a répondu à l'appel. Sa promotion «Jean de Loisy» s'est déplacée, en l'honneur du libérateur du Sundgau, jeune officier de la France Libre tué au combat dont elle porte le nom. En grand uniforme de parade - pantalon garance à bande bleue, tunique bleue à épaulettes écarlates, casoar rouge et blanc -, les saint-cyriens recomposent les couleurs du drapeau tordu par le vent, dessinant de strictes figures géométriques insensibles aux éléments.