Précisons d'emblée qu'il n'y a dans aucune des merveilleuses nouvelles qui composent ce livre de table avec un citron dessus, de table en bois de citronnier, ou de table peinte en jaune. Non. En Chine, nous apprend Julian Barnes, le citron symbolise la vieillesse, et la table citron est celle autour de laquelle on se réunit pour parler. Sinistre ? Pas du tout. Il y a du Tchekhov dans ce livre-là - la délicatesse, la tendresse, la retenue - et du Gogol - la dérision, le trait à l'emporte-pièce - plus l'humour inimitable de Julian Barnes. Onze merveilles, donc, ciselées, ourlées, entre lesquelles on aurait bien du mal à faire un choix. Il y a celle qui met en scène Tourgueniev vieillissant et la très jeune Maria Savina dont il est amoureux. Que s'est-il donc passé (l'anecdote est authentique) pendant le court voyage en train qu'ils ont fait ensemble ? Il y a l'histoire de l'officier à la retraite qui vient depuis vingt ans à Londres et qui en profite chaque fois pour rendre visite à la même prostituée. Mais un jour, il va devoir réaliser que le temps a passé. Et puis peut-être la plus émouvante - en même temps celle qui fait rire le lecteur - "La cage à fruits", où un fils découvre avec stupeur que ses parents âgés de 81 et 80 ans se séparent parce que son père a une maîtresse avec laquelle il emménage parce que sa femme le battait. Julian Barnes joue sur tous les registres, du plus cruel au plus tendre. On ne sort pas indemne de cette lecture.