Extrait
Depuis son départ, décidé en quelques heures, trois années s'étaient enfuies. Elle était partie en laissant la gestion du vignoble familial à sa fille. Sans explication, simplement parce que le quotidien était devenu insupportable. Pour son entourage, elle avait rejoint l'homme qu'elle aimait à Montréal. Serait-elle revenue sans le décès brutal de Gérard, son ex-mari, le père d'Isabelle ?
Un choc, des secousses, Juliette ferma les yeux. Elle répondit par un sourire aux mots avenants de l'hôtesse et se dirigea vers la sortie. En attendant de récupérer ses bagages, elle chercha du regard Isabelle dans le hall d'accueil, mais ce fut Nicolas Frémont qu'elle aperçut. Nicolas, son ami d'enfance, l'associé de son ex-mari et l'adjoint municipal qui était devenu maire de Saint-Louis-en-Gironde, charge qu'elle avait laissée vacante après son départ. Il la salua en agitant bien haut la main. L'instant d'après, il l'étreignait si fort qu'elle manqua suffoquer. Avait-il encore grandi ? Elle sourit. On ne grandit plus à cinquante ans. Mais c'était toujours la question qu'elle se posait lorsque, adolescents, ils ne s'étaient pas vus depuis un certain temps. Il s'était arrêté de grandir en approchant des deux mètres.
- C'est merveilleux de te revoir après tout ce temps, laisse-moi te regarder... Resplendissante ! Isabelle m'a demandé de venir te chercher. Elle était occupée au chai et je crois qu'elle est allée aider Marie pour l'organisation des obsèques.
Ils avaient rejoint la voiture de Nicolas et ce dernier entassa les deux valises de Juliette dans un coffre encombré de cartons à dessin et de dossiers. Tandis qu'ils quittaient Bordeaux par le pont d'Aquitaine, dans les brumes du fleuve, Juliette demanda des nouvelles de Marie, la seconde épouse de Gérard... Mais le chagrin d'Isabelle l'inquiétait davantage. Quoi qu'elle fasse, Marie restait la très jeune femme qui avait détruit l'unité familiale en lui soufflant son mari.